En marge de chaque Fashion Week gravitent autour des défilés une centaine de showrooms avec des milliers de marques et de créateurs. La Semaine de la mode parisienne qui commence ce mardi n’échappe pas à la règle. Le but de ces vitrines ? Se faire connaître des professionnels de la mode comme des acheteurs. Un enjeu crucial pour assurer sa survie dans le monde darwinien de la mode.

Les créateurs sont les premiers à devoir investir dans leur projet. En plus de la fabrication des vêtements, du choix des tissus en passant par les prototypes et les patrons, il y a aussi le coût des défilés et des stratégies de communication à mettre en place. «  C’est toute une filière avec beaucoup d’intermédiaires, ce qui explique en partie les prix pratiqués par les créateurs  », explique Giorgia Morero, du WBDM, la branche dédiée à la création artistique de l’agence Wallonie-Bruxelles International. Depuis 2010, le WBDM sélectionne de jeunes talents pour les épauler à Paris. « Au début, on n’avait pas d’agent commercial et on attirait peu de monde. On a changé notre stratégie en choisissant le showroom No Season à Paris, spécialisé dans la vente de jeunes marques créatrices, et l’agence de presse parisienne Outlevel pour donner une visibilité à nos jeunes talents.  »

Le Wallonie-Bruxelles Design/Mode s’est aussi acoquiné avec Philippe Pourhashemi qui assure le coaching des stylistes sélectionnés pour améliorer leur offre et leur positionnement. «  On a soutenu pendant trois années les Filles à Papa, maintenant elles peuvent voler de leurs propres ailes  », sourit le spécialiste de la mode dans sa grosse barbe. Et de fait : aujourd’hui les créations des deux sœurs liégeoises sont portées par les it-girls du monde entier. Un destin qu’on souhaite aux cinq artistes sélectionnés cette année (voir ci-dessous). Certains ont déjà bénéficié du soutien du WBDM et ont adapté leur vestiaire en fonction des retours des professionnels. « Pour nos deux premières collections, on construisait d’abord la pièce sans se préoccuper du prix. Ici on a fait le chemin inverse : on a d’abord déterminé combien ça devait coûter  », calculent Justine et Erika, de Krjst. « Notre collection est plus commerciale tout en étant moins chère, on a tenu compte des avis des acheteurs relayés par No Season  », poursuit le duo. Mais s’adapter aux réalités du marché ne veut pas forcément dire perdre son âme : ici les coupes seront plus simples, là le tissu moins onéreux. Le but reste de vendre. En restant soi-même.

Cinq créateurs mis en vitrine à la Fashion Week

Superpieceofchic

Superpieceofchic<br /><br />
” src=”<a href=http://www.lesoir.be/sites/default/files/imagecache/cciinlineobjects_600/2014/02/24/1278979376_B972091329Z.1_20140224125914_000_GRN208KKQ.1-0.jpg&#8221; width=”238″ align=”left” />Barbara Repole et Sébastien Pescarollo sont un couple en studio comme à la ville. Elle est styliste, il est graphiste, ensemble ils font des imprimés. En 2010, ils ont créé le studio Pieceofchic pour de grands labels (Marc Jacobs, Hugo Boss, Nike, Converse…). Malgré leur expérience, c’est la première fois qu’ils se rendront au Showroom des Belges à Paris où ils se présenteront comme une vraie marque à part entière.

Dans la dernière collection, leur inspiration a penché vers l’univers des zombies et de la jungle urbaine. La simplicité des coupes permet à l’imprimé d’être mis en valeur. Robes ou tee-shirt oversize conviennent à toutes les silhouettes. Les matières qu’ils utilisent (le velours ou la soie) sont précieuses autant que fluides.

Si les voyages les inspirent, leur belgitude aussi : un des accessoires à ne pas manquer dans leur collection est la réinterprétation à la belge du sac Chanel, Le Robert, où l’on peut proprement glisser son cornet de frites. Ils ont également créé un sac similaire pour hot-dog.

Gioia Seghers

Gioia SeghersTout juste diplômée de La Cambre où son défilé a fait forte impression, Gioia Seghers est la benjamine de la sélection. Le WBDM a fait une entorse aux critères retenus : d’ordinaire, en plus d’une identité forte, les créateurs sélectionnés doivent avoir mis au point une collection au préalable, « sauf si le côté créatif est tellement puissant qu’on considère qu’on peut les aider à démarrer  ».

L’univers de la styliste est fait de contrastes, alternant coupes oversize et près du corps, dans des matières nobles comme la laine, le coton ou la soie qu’elle retravaille manuellement. La femme pour laquelle elle crée s’enveloppe dans un manteau ample porté sur une robe de dentelle ornée d’œillets métalliques, déclinant un nouveau contraste.

«  C’est une chance incroyable d’avoir été sélectionnée, j’apprends énormément de ce Showroom  », se réjouit la styliste qui avoue rêver d’un jour pouvoir voler de ses propres ailes. Avec un travail aussi délicat, ce serait juste.

Krjst

Krijst<br /><br />
” src=”<a href=http://www.lesoir.be/sites/default/files/imagecache/cciinlineobjects_600/2014/02/24/1588127048_B972091329Z.1_20140224125914_000_GRN2099GD.1-0.jpg&#8221; width=”238″ align=”left” />Duo complémentaire inspiré par une même haute idée de la création, Erika Schillebeeckx et Justine de Moriamé se sont retrouvées à la fin de leurs études à La Cambre, en 2011, pour fonder ce collectif polyphonique. Pour leur 3e collection, elles continuent d’imprimer leur marque très reconnaissable à leurs vêtements, palimpsestes d’une mémoire ancienne qui se réfère cette fois à William Kentridge. Imprégné de références, leur vestiaire reste graphique et moderne, tant par les motifs que par les coupes. Krjst s’appuie sur des techniques anciennes, notamment dans le travail des nœuds de la tapisserie, mais se les réapproprie pour les adapter au goût du jour et en faire quelque chose de très personnel.

C’est la deuxième année que Krjst figure parmi les Belges exposés au Showroom. «  Notre présence l’année précédente a été riche pour nous. On exporte au Japon et les Etats-Unis ont montré de l’intérêt pour nous. On a tenu compte des retours des acheteurs, mais on veut rester intègres  », nuance le duo.

Marc-Philippe Coudeyre

Marc-Philippe Coudeyre<br /><br />
” src=”<a href=http://www.lesoir.be/sites/default/files/imagecache/cciinlineobjects_600/2014/02/24/1266723990_B972091329Z.1_20140224125914_000_GRN208KKN.1-0.jpg&#8221; width=”238″ align=”left” />Créateur franco-allemand formé à l’Académie royale des beaux-arts à Anvers, Marc-Philippe Coudeyre a travaillé pour Natan dès sa sortie de l’école en 2007 avant de créer sa propre marque en 2010. Sa nouvelle collection, « Luna Park », inspirée des premiers jeux vidéo, est joyeuse et énergique. Coudeyre joue avec des tissus brillants, mats ou plissés. Il explique qu’il a voulu créer des vêtements pratiques : «  Ma collection prend part au quotidien mais elle est aussi surprenante et amusante. Mes vêtements pourraient se retrouver dans la garde-robe d’une jeune fille contemporaine.  »

C’est la troisième fois que M-P Coudeyre se rend au Showroom des Belges à Paris. « La formule proposée est fantastique, elle nous permet d’être encadrés de manière professionnelle et d’évoluer au mieux. Les retours sont très enrichissants. Ils permettent de comprendre nos faiblesses, de devenir plus précis dans nos créations. Chaque critique permet une amélioration. C’est très constructif  », témoigne le créateur.

Alice Knackfuss

Alice Knackfuss<br /><br />
” src=”<a href=http://www.lesoir.be/sites/default/files/imagecache/cciinlineobjects_600/2014/02/24/851258671_B972091329Z.1_20140224125914_000_GCT20Q4A9.1-0.jpg&#8221; width=”238″ align=”left” />Diplômée de l’Académie de la mode et du design de Munich, Alice Knackfuss a été finaliste du Festival de Hyères en 2009. Elle a ensuite emménagé en Belgique et lancé sa propre marque « a.Knackfuss » en 2011.

C’est la 4e fois qu’elle sera au Showroom des Belges à Paris. Mais le challenge reste intact : « C’est un super concept pour le côté business. Mais je suis toujours un peu nerveuse car ça définit si je pourrai continuer ou pas.  » Néanmoins, les remarques reçues à la Showroom ne lui feront pas prendre de compromis. « Je veux rester moi-même. Je ne changerai pas quelque chose pour mieux vendre. Le seul compromis possible se situe au niveau du prix, en changeant un tissu trop cher pour un tissu moins cher par exemple. Mais aucun compromis au niveau de mon style.  »

Sa nouvelle collection « Chop Suey » mixte le sportif, l’élégance et le féminin. Elle a créé des vêtements faciles à porter et confortables. « J’ai envie que l’on se sente bien dans mes vêtements, je ne fais pas dans le sexy.  »

Source article: http://www.lesoir.be – par Anne-Sophie Leurquin, Marine Martin (st.)
Mis en ligne lundi 24 février 2014, 12h59